Discours du Premier ministre M. Jüri Ratas devant le Parlement le 16 mai 2017, à propos de la présidence estonienne du Conseil de l'Union européenne.

  • Aperçus
  • 16/05/2017 11:40

#eu2017ee

Le Premier ministre, M. Jüri Ratas, a présenté la présidence estonienne du Conseil de l'Union européenne devant le parlement

Monsieur le président du parlement,

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement,

Vos Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

La paix durable en Europe est sans conteste la réussite majeure de l'Union européenne. Il y a quelques années, l'Union européenne a reçu le Prix Nobel de la paix pour sa contribution à la paix. L'Estonie, depuis 13 ans, fait partie de cette famille européenne, et nos citoyens ont conscience de l'importance de cet attachement. Près de 80% de la population estonienne soutient l'appartenance à l'Union européenne.

Dans 46 jours seulement, l'Estonie assumera la présidence du Conseil de l'Union européenne. Pour de nombreuses personnes, à Tallinn comme à Bruxelles, les prochaines 1 104 heures seront rudes, mais nous sommes prêts à exercer la présidence. Nos objectifs sont en place. Plus de 1 700 réunions de travail sont prévues. 265 événements sont organisés. 318 talentueux employés ont été embauchés. Plus de 500 dossiers ont été préparés. Grâce à ce minutieux travail de préparation, j'espère que nous ne serons pas surpris la garde baissée en cas de crise. J'aimerais remercier chaque personne qui a participé aux préparations de la présidence estonienne, y compris celles et ceux qui, ici, ont proposé et continueront certainement d'offrir leur soutien total.

Les thèmes et actes principaux sont également presque prêts. Mais avant d'y passer, j'aimerais parler de quelque chose d'autre. Chacune de nos priorités a été minutieusement examinée et longuement discutée; chaque initiative, chaque événement a été scruté à la loupe; rien, sur notre liste, n'est sans importance. Et pourtant aucune priorité, aucun objectif, aucun indicateur n'est plus important qu'une Europe forte et unie. Comme le disait récemment M. Donald Tusk, «L'Europe, en tant qu'entité politique, sera unie ou ne sera pas.»

La présidence estonienne a pour slogan «l'unité par l'équilibre». Les Estoniens ont tendance à être légèrement ironiques lorsqu'on leur présente une marque ou un slogan. Mais ces cinq mots résument la tâche importante qui attend l'Estonie lors de la présidence: maintenir l'unité de l'Europe et s'assurer que personne ne se sent rejeté ou laissé pour compte.

Être et agir ensemble. Ce ne sont pas de vains mots. Une déclaration ne suffit pas à maintenir la cohésion. Cela demande du travail, des compromis, une grande détermination, et requiert parfois de ravaler sa fierté ou de soulever des questions difficiles de sensibilisation dans son propre pays. Le rôle de la présidence est de chercher un dénominateur commun et un point d'équilibre; de trouver le juste équilibre entre nouveauté et conventions, entre risque et sécurité, entre social et environnemental, entre grand et petit, entre nord et sud, entre est et ouest.

Plus que tout, pour équilibrer le pouvoir, nous avons besoin de bons auditeurs. Il est essentiel de trouver des positions communes dans ce test décisif de l'unité de l'Union à 27, et de déterminer notre capacité à agir. Nous sommes heureux d'assumer ce rôle de contrepoids. Il est dans l'intérêt de chacun que l'Union européenne soit capable de prendre des décisions. Nous ne voulons pas d'un retour à une Europe déchirée où chacun combat son voisin.

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement,

N'en déplaise aux cyniques, aux populistes et aux Cassandres, l'Europe est toujours forte. Le choc laissé par la décision britannique de quitter l'Union européenne et l'introspection qui a suivi ont mené au Sommet des 27 de Bratislava, puis à la Déclaration de Rome. Par la redécouverte nous avons montré la force de l'Europe, sa volonté de coopération. Non seulement nous devons, mais nous voulons être unis! Quels que soient les obstacles, je voudrais paraphraser la Déclaration d'indépendance de l'Estonie: Europe, tu es au seuil d'un futur rempli d'espoirs!

Je suis fier de la Déclaration de Rome, de sa genèse et de son contenu. La Déclaration de Rome, c'est la déclaration d'une union qui n'a pas peur de s'ouvrir au monde et qui veut préserver et persévérer dans la coopération. Ce jour-là, le Pape François a dit que l'Union européenne était plus grande que la somme de ses parties et que l'unité était plus harmonieuse dans la cohabitation que dans l'uniformité. «Notre temps est donc un temps de discernement, qui nous invite à évaluer l’essentiel et à construire sur lui: c’est donc un temps de défis et d’opportunités», a dit le Pape François. C'est ce que nous avons fait.

Nous pouvons tous être heureux de savoir que le document qui guide l'avenir de l'Europe pose les questions qui sont cruciales pour nous tous : l'importance de la sécurité, de la sûreté et du voisinage; le besoin de compléter le développement de l'espace économique européen et la nécessité de créer des connexions; le courage de saisir les opportunités et de faire face aux défis du changement technologique rapide.

La mise en place de ces objectifs communs mettra à l'épreuve notre détermination, notre unité. La présidence estonienne fait partie d'un cadre bien plus grand. Nos quatre priorités sont guidées par l'esprit du Sommet de Bratistlava et de la Déclaration de Rome. Nos lignes directrices: une économie européenne ouverte et innovante; une Europe sûre; une Europe numérique et une liberté de circulation des données; une Europe durable et ouverte à tous.

Une économie européenne ouverte et innovante

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement,

L'Union européenne n'est pas qu'une union économique; et pourtant, il est difficile d'imaginer l'Europe d'aujourd'hui sans une économie forte.

Notre politique agricole et nos fonds structurels reposent sur les fondations des quatre libertés fondamentales. Cela permet de faire face aux défis du chômage des jeunes, de la protection des frontières, de la protection de l'environnement et de la coopération étroite et diversifiée. Nous en sommes venus à considérer la paix, la sécurité et la prospérité comme des valeurs acquises pour l'Europe.

L'économie européenne doit être ouverte et innovante; ouverte au changement, ouverte aux nouvelles opportunités, ouverte aux idées originales. Le marché intérieur européen, avec ses 500 millions de consommateurs, est l'une des réalisations les plus notables de l'Union européenne. Et il a l'ouverture pour cœur. Cependant, le marché unique n'est pas achevé, et la majeure partie du potentiel économique européen est encore bridée.

Presque 90% des emplois créés l'ont été dans le secteur des services. C'est pourquoi il est essentiel de créer un environnement simple pour créer des emplois, pour que les entreprises croissent et agissent sans barrières inutiles. Nous préparons actuellement la carte électronique des services européens, et nous n'oublions pas la question des professions réglementées et de la réforme du droit européen des sociétés.

À l'avenir, nous voulons nous assurer que, si des architectes estoniens dressent les plans d'un opéra à Milan, les administrations estonienne et italienne s'occuperont des démarches bureaucratiques pour eux; que, si une famille irlandaise ouvre un café dans le nouvel opéra de Milan, il puisse être enregistré au registre du commerce italien avec le moins de problèmes possibles; que, si les célèbres biscuits fabriqués dans le café de l'opéra sont exportés au Japon ou en Amérique du sud, cela puisse se faire grâce à de nouveaux accords de libre-échange.

Les entreprises se créent et se développent si le milieu des affaires est simple, prévisible et qu'il les soutient. Mais ce n'est pas toujours assez: il faut également de l'argent. C'est particulièrement le cas pour les petites entreprises qui ont du mal à trouver des financements. La solution réside peut-être dans le Fonds pour les investissements stratégiques, qui soutient les investissements publics et privés et facilite les investissements venant de l'étranger.

Une compétition équitable est nécessaire pour créer un environnement profitable pour les affaires. À la présidence, l'Estonie cherchera à améliorer les mécanismes de TVA transnationale, à établir des règles concernant les conseillers financiers et à améliorer la coopération efficace entre les autorités fiscales des différents pays. Étant donnée la nature transnationale de la compétition fiscale, les soi-disants "paradis fiscaux" devraient figurer sur une liste noire européenne de juridictions non-coopératives. À l'avenir, des sanctions pourraient être envisagées.

Enfin, concernant l'économie, je voudrais souligner un autre aspect essentiel pour les entreprises comme pour les consommateurs : l'énergie. Le système énergétique européen doit être changé. Il doit être plus intelligent, plus propre et avoir un meilleur rapport coût/efficacité.

Dès le début de la présidence estonienne, nous coordonnerons l'accord d'ensemble sur l'énergie propre, un accord important, comprenant des propositions politiques et législatives pour plusieurs aspects de l'union de l'énergie. Même si un consensus existe concernant les énergies renouvelables, le fonctionnement du marché de l'électricité et l'efficacité de l'énergie ne sera pas simple. Nous avons besoin de solutions, et vite. Réaliser notre volonté – se déconnecter du réseau énergétique russe et se synchroniser au réseau européen – est difficile sans politique énergétique commune pour toute l'Europe et sans marché de l'énergie.

Une Europe sûre

Mesdames et Messieurs,

Les politiques aiment dire que le problème, c'est toujours l'économie. Ou, pour reprendre les mots célèbres de James Carville, conseiller de Bill Clinton en 1992 : «C'est l'économie, crétin». Cela pourrait être le slogan des années de paix, lorsque l'histoire prend des vacances et que la paix semble pouvoir durer toujours. L'Union européenne est née il y a 60 ans, comme un projet de paix; aujourd'hui, la sécurité est à nouveau à l'ordre du jour. Nous sommes ouverts au monde, mais notre maison doit rester sûre et protégée.

Notre sécurité dépend non seulement de nos actions chez nous, mais aussi de ce qui se passe ailleurs dans le monde, de notre force de persuasion internationale. Conserver une politique étrangère forte et unie reste essentiel pour l'Union européenne. À la présidence, l'Estonie soutiendra Mme Federica Mogherini pour atteindre les objectifs en matière de relations internationales et de politiques de sécurité.

L'Europe devrait accroître ses efforts pour améliorer les capacités de défense européennes. Je suis heureux d'entendre, venant de toujours plus de capitales européennes, des voix qui s'unissent pour reconnaître cette nécessité. Nos capacités de défense ne peuvent être concrètement améliorées qu'en augmentant les investissements; un arbre sans tronc solide ne saurait tenir debout. Une coopération plus étroite et un accord concernant le financement participatif des opérations militaires de l'Union européenne est tout aussi important. L'OTAN et sa relation avec les États-Unis restent essentielles pour la défense et la sécurité de l'Europe. C'est pourquoi il est crucial que l'Europe devienne un allié plus fort et plus crédible. À cet égard, le Royaume-Uni reste pour nous un partenaire et un allié très important.

Mais les menaces ne sont pas toutes militaires. Pour garantir la sécurité de l'Espace Schengen et de la liberté de mouvement, nous devons mieux protéger les frontières externes de l'Union européenne et imposer un contrôle plus strict des mouvements des personnes et des marchandises. Les criminels ne doivent pas pouvoir cacher leurs méfaits en courant d'un État à l'autre. Les forces de l'ordre doivent bénéficier d'une législation appropriée, d'outils de coopération et d'échange d'informations. À ces fins, nous déveloperons plusieurs bases de données exhaustives, qui comprendront le système enregistrant l'entrée et la sortie du territoire européen, le système européen d'information et d'autorisation concernant les voyages et la base de donnée concernant le retour des demandeurs d'asile. À cet égard, il est essentiel de garantir l'interopérabilité de ces bases de données et la liberté de mouvement de ces informations entre pays. Aucun terroriste ou criminel ne doit pouvoir s'échapper parce que nous n'avons pas coopéré de manière adéquate.

Je ne veux pas dire que l'émigration est une menace. Mais nous savons qu'elle crée une pression qui a mené à une crise politique en Europe, et nous devons y faire face. Ce qui se passe en Syrie est une tragédie, et nous avons la responsabilité d'aider les personnes fuyant la guerre et les violations des droits de l'homme. Elles n'ont pas le choix; nous non plus. Nous devons aider celles et ceux qui arrivent en Europe, mais beaucoup de choses peuvent être faites au-delà de nos frontières externes. Nous devons aider non pas parce que nous sommes Européens, mais parce que nous sommes humains. Il est difficile de faire face à l'afflux de migrants, et cela demande des politiques raisonnées. À cet égard, je veux vous rappeler notre devise: aucun pays ne peut résoudre une crise migratoire seul. Nous devons agir ensemble. Nous devons parvenir à l'équilibre entre pays directement concernés par les flux migratoires et pays qui peuvent contribuer, d'autres manières, à résoudre cette crise.

La crise migratoire nous prouve que l'Europe ne peut ignorer ce qui se passe au-delà de ses frontières. Une solution à long terme n'est viable que si la situation des pays concernés s'améliore et que les passeurs sont arrêtés. Nous faisons de grands efforts grâce aux partenariats de mobilité pour remplir ces objectifs. C'est grâce à cela que les trafiquants d'êtres humains lybiens ont aujourd'hui bien plus de mal à atteindre l'Italie.

La paix et la prospérité de nos voisins bénéficient à l'Europe. Le Partenariat oriental est important pour nous. Nous devons nous assurer que l'Ukraine, la Moldavie, L'Azerbaïdjan, l'Arménie, le Bélarus et la Géorgie savent que l'Union leur apporte son soutien plein et entier. Le sommet du Partenariat oriental, le 24 novembre prochain, doit pouvoir montrer des résultats concrets aux États partenaires, à leurs citoyens et à leurs entreprises.

Même si l'Estonie ne mène pas la politique étrangère de l'Union européenne, je veux réaffirmer ce principe: l'outil européen le plus important en politique étrangère, c'est l'unité de l'Union européenne. Cela s'applique également concernant les relations avec la Russie. L'Union européenne a choisi une position unie et digne concernant les agissements contraires au droit international.

La Russie n'a pas changé d'attitude ni fait face à ses responsabilités, et le conflit en Ukraine perdure. C'est pourquoi la politique de l'Union européenne doit se maintenir, en se fondant sur les cinq principes choisis par les ministres des affaires étrangères, dont le plus important est la mise en place et le respect des accords de Minsk.

Une Europe numérique et une liberté de circulation des données

Mesdames et Messieurs,

Le moins surprenant à propos de la présidence estonienne, c'est peut-être que l'une de nos priorités concerne l'Europe numérique et la liberté de mouvement des données. En discutant avec ses partenaires européens, l'Estonie a une telle réputation d'e-État qu'il semble que chacun attende de nous la création de l'e-Europe en six mois. Mais, si nous devons raison garder, nous avons un programme ambitieux concernant les technologies numériques pour l'avenir de l'Europe.

La création d'un marché unique numérique pourrait apporter plus de 400 milliards d'euros à notre économie et créer des dizaines de milliers d'emplois chaque année. L'Europe doit agir rapidement pour s'assurer que nous ne sommes pas en reste de ces innovations mondiales. L'Estonie aussi pourrait perdre son avantage si nous ne maintenons pas nos efforts.

Bien que notre programme numérique se concentre sur le marché unique numérique, nous approchons la présidence sous plusieurs angles : peut-on mieux utiliser les solutions numériques, plus intelligemment? Les technologies de l'information ne sont pas une fin en soi ; elles font partie intégrante la société contemporaine et constituent un outil nous permettant d'atteindre nos objectifs. Internet et les outils numériques ont déjà changé et continueront de changer la manière dont nous travaillons, nous relaxons, interagissons avec notre famille ou nos amis, apprécions nos passe-temps.

Pour qu'une société numérique fonctionne efficacement, quelques conditions claires sont nécessaires. Entre autres, la liberté de mouvement des données. Les personnes, les biens, les services et les capitaux peuvent voyager librement à travers l'Union européenne et il devrait en être de même pour les données et les informations. Nous appelons cela la cinquième liberté fondamentale. Beaucoup  reste à faire pour créer un marché unique numérique. Nous attendons notamment que la Commission lance cet automne une initiative concernant la liberté de mouvement des données.

Le code des communications électroniques européen actuellement en discussion sera à la base de la liberté de mouvement des données et de l'accès transnational à un internet rapide et de qualité.

Chaque Estonienne, chaque Estonien a déjà ressenti la frustration de ne pas pouvoir regarder une épreuve de ski avec les commentaires estoniens lors d'un déplacement, ou de ne pas pouvoir acheter ce pull tant convoité sur internet. Ce ne devrait pas être le cas. En achetant à Paris, un Espagnol ne paie pas plus de taxes qu'un Français. Le développement des commerces et services en ligne transnationaux est un domaine où les bénéfices sont immédiats pour les entreprises et pour les clients. Nous voulons mettre fin au géoblocage injustifié dans l'Union européenne, mais surtout nous assurer que les consommateurs ont tous les mêmes droits et garanties, d'où qu'ils fassent leurs achats numériques. La TVA concernant les commerces en ligne doit être modernisée, tout comme les taux de TVA pour les livres électroniques et les publications en ligne.

Un autre chantier majeur dont les effets se feront directement sentir concerne la réforme du droit d'auteur. La plupart d'entre nous lisons les informations en ligne, regardons des vidéos sur YouTube ou utilisons des services de télévision à la demande. Nous ne le faisions pas il y a dix ans, mais il est temps pour la législation de rattraper son retard. Cette réforme mettrait la télévision estonienne à la portée de toute l'Europe.

Nous, Estoniens, sommes fiers de la facilité avec laquelle il est possible de faire des affaires sur internet en Estonie. Nous offrons notre expérience, et nous espérons que l'Europe voudra contribuer à nos discussions pour savoir comment faire de la gouvernance électronique une réalité. Nous voulons résumer ces discussions dans la Déclaration de Tallinn, qui servira de ligne directrice pour la présidence estonienne. Des étapes concrètes sont proposées concernant notamment la santé et la justice.

Notre enthousiasme pour les nouvelles technologies est bien connu, mais tous les pays ne le partagent pas, ce qui est bien compréhensible. Des changements importants s'accompagnent toujours de craintes et de défis. Certains craignent de se trouver laissés de côté. Nous savons, par expérience, que les risques concernant la cyber-sécurité et la vie privée sont réels, et c'est pourquoi nous ne devons pas balayer ces craintes d'un revers de la main. Si nous voulons avancer avec les technologies numériques, nous devons avancer des arguments solides en leur faveur.

Je crois que l'Europe est prête à changer de vitesse. Lorsque les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne se réuniront à Tallinn en septembre, ils discuteront par exemple de l'avenir de l'Europe numérique. Ensemble, nous porterons notre regard non pas vers le lendemain ou le surlendemain, mais vers l'avenir, cinq, dix ou cinquante ans plus loin.

Une Europe durable et ouverte à tous

Mesdames et Messieurs,

Parfois, le progrès économique et technologique s'oppose à l'humanité et à l'environnement. Cela ne devrait pas être le cas, et, heureusement, ne l'est pas en Europe. Préférer l'humain et la nature n'est pas un luxe mais un principe que nous cherchons à respecter dans notre vie quotidienne. Sur ce point , nous sommes les seuls au monde.

Nous ne pouvons classer par ordre d'importance les priorités de la présidence estonienne. Pour moi, une Europe durable et ouverte à tous constitue un thème tout aussi central que la question des technologies numériques. Nous voulons tous une Europe en paix avec elle-même et avec le reste du monde. Une Europe belle, libre, prospère et sûre. Nous voulons que cette Europe appartienne à chacun, aujourd'hui comme pour demain.

L'Union européenne a toujours été synonyme d’égalité de chance, que ce soit au travail ou dans la société civile. Cela signifie que, durant la présidence estonienne, nous chercherons à garantir l'égalité de traitement des travailleurs détachés, à développer les technologies permettant de rapprocher de la société les personnes porteuses de handicap et leur garantir un accès plus facile aux produits et à développer des services permettant de réconcilier travail et vie de famille.

Nous savons que les progrès technologiques modifient la nature du travail. Cela amène des opportunités intéressantes, pour les nomades numériques comme pour les grands-mères vendant leurs tricots sur Ebay et Etsy. Mais les personnes ne peuvent bénéficier de ces évolutions que si elles sont prêtes, si elles ont les compétences nécessaires, si une législation adaptée à cette nouvelle réalité est en place. Cela concerne notamment les jeunes. Nous espérons que la plate-forme en ligne à l'étude Europass facilitera la recherche d'études ou d'emplois. Dans un monde où il est difficile de trouver un emploi, le bénévolat peut fournir une expérience importante et aider à construire un CV.  Le corps européen de solidarité réunira ceux qui ont besoin de bénévoles et de jeunes voulant être bénévoles – une version européenne de la start-up estonienne Jobbatical.

Personne n'est superflu. Chacun a le droit qu'on prenne soin de lui. Chacun a le droit de travailler, de passer du temps avec sa famille, de vivre une vie active et satisfaisante, de contribuer à notre société. La qualité de notre environnement de vie a une forte influence sur notre satisfaction. Nous devons trouver le moyen de vivre notre vie sans demander autant à la nature. Pas seulement pour notre propre bien-être physique et moral – qui devrait cependant être une raison suffisante –, mais pour des raisons plus rationnelles. Des environnements dégradés ou dépassés constituent un véritable risque pour notre production agricole, industrielle et énergétique – pour toute notre économie.

Il n'est pas seulement possible mais nécessaire de trouver l'équilibre entre les besoins naturels et l'économie. À la présidence, nous devrons faire face à deux problèmes d'équilibre majeurs, en coopération avec  les autres États membres: les politiques européennes concernant l'environnement et la gestion des déchets.

99,9% des climatologues dans le monde s'accordent pour dire que le changement climatique est en partie induit par l'homme. Nous prenons très au sérieux la mise en place de l'Accord de Paris. C'est dans cette optique que nous voulons réformer le régime d'échange de droits d'émission, réduire les émissions de CO2 de plusieurs secteurs et discuter de la contribution au réchauffement mondial de l'utilisation des terres et de la foresterie. Au-delà du bénéfice évident que constitue la baisse du rythme et la limitation des conséquences du réchauffement mondial, il y a un bonus: un air plus propre.

Une économie compétitive consomme moins d'énergie mais utilise également les ressources de manière plus efficace. Les déchets sont la face visible du gaspillage des ressources, ce qui menace la vie sauvage et détruit l'environnement. Nous devons restructurer la production et la consommation pour produire moins de déchets, et réutiliser ou recycler les déchets produits. C'est un objectif ambitieux, qui se reflète dans les politiques européennes concernant les déchets.

Chères européennes, chers européens,

En six mois de présidence, nous pouvons accomplir beaucoup de choses qui permettront concrètement d'améliorer la vie des citoyens européens. Hélas, un tragique événement se produira également durant cette période: le début des négociations concernant le départ du Royaume-Uni. Pour nous, ce sera un jour triste : le Royaume-Uni est depuis longtemps un partenaire et un allié de l'Estonie. Mais, comme le disent les Britanniques eux-mêmes: rien ne sert de pleurer sur le lait qui a débordé.

Nous devons accepter le fait que les négociations commenceront pendant notre présidence et auront un impact sur notre environnement. Le Brexit n'est pas le thème principale ni une priorité de notre présidence. Nous aurons un rôle dans le processus, mais la charge pèse principalement sur la Commission. Pour le Conseil, M. Donald Tusk mènera les négociations. Nous devons nous concentrer sur l'avenir de l'Union européenne. Aucune priorité ne sera négligée. Les Européens qui iront à l'isoloir en 2019 espèrent des réponses concrètes aux questions qui touchent directement à leur sécurité et à leur bien-être.

J'ai déjà dit que les principaux thèmes de la présidence estonienne s’inscrivent dans la feuille de route de Bratislava et la Déclaration de Rome. Cela ne veut pas dire que l’Estonie ne traitera que les questions européennes restées en suspens mais plutôt que l’Union européenne a eu à connaître pendant plusieurs années de questions importantes pour l’Estonie. Nous avons souvent eu un rôle déterminant pour que ces sujets soient inscrits et restent à l’ordre du jour – la Déclaration de Rome n’est ni le premier, ni ne sera le dernier instrument juridique de l’Union européenne sur lequel figure l’empreinte des Estoniens.

Les préparatifs de la présidence à venir n'ont pas commencé en 2012, lorsque le secrétariat aux affaires européennes de la Chancellerie d’État a tracé les grande lignes de la présidence. Ils ont commencé voilà 20 ans de cela, lorsque l'Estonie a entamé les négociations pour intégrer l'Union européenne.

Avec chaque participation, chaque groupe de travail, chaque discours, chaque commentaire, chaque visite ministérielle au Conseil, nous avons approfondi notre connaissance de l'Europe et lui avons montré en retour qui nous sommes et ce que nous pouvons offrir.

J'aimerais remercier chaque président et chaque premier ministre estonien, pour avoir su garder l'Estonie sur la voie de l'Europe. Des dossiers numériques ambitieux discutés par l'Union européenne, des politiques énergétiques et étrangères plus solides et déterminées, des politiques de voisinage cohérentes, des politiques agricoles plus juste ; tout cela n'est pas arrivé par hasard. Aujourd'hui, ce sont des thèmes centraux de l'Europe, pas uniquement de l'Estonie, et c'est grâce à nous.

Le second semestre de cette année nous permettra de densifier ces dénominateurs communs, parce qu'ils sont notre seule voie. Nous devons tous y participer. Fonctionnaires, en Estonie comme en Europe, ministres et membres du Parlement, membres du Parlement européen, commissaires de la Commission européenne, journalistes et partenaires de coopération, puissions-nous tous avoir la force dont nous aurons besoin!

Merci

* NB : Les parties en italiques n'ont pas été lues par M. le Premier ministre.