Conclusions du Premier ministre estonien, M. Jüri Ratas, à l'issue du Sommet numérique de Tallinn

  • Aperçus
  • 06/10/2017 12:29

#eu2017ee #TallinnDigitalSummit

Coucher de soleil sur Tallinn
Conclusions du Premier ministre estonien, M. Jüri Ratas, sur l'avenir des gouvernements, de l'économie et de la société à l'issue du Sommet numérique de Tallinn (photo: Evgeni Nikolaevski/EU2017EE)

M. Jüri Ratas, Premier ministre estonien, a publié les conclusions du Sommet numérique de Tallinn. Elles constitueront la base des discussions des dirigeants de l'Union européenne lors du prochain Conseil européen les 19 et 20 octobre à Bruxelles.

Session 1: L'avenir de l'administration

Nous devons faire entrer les administrations et tout le secteur public dans l'ère du numérique, afin d'améliorer les services publics aux particuliers et aux entreprises, de réduire les coûts et de promouvoir l'innovation.

  • Nous devons permettre de mener de façon numérique toutes les procédures administratives entrant dans le cadre de la libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services au sein du marché unique. Nous devons nous occuper en priorité des domaines de la mobilité (par ex. en mettant en place des couloirs connectés et automatisés), de la santé (par ex. en permettant la médecine personnalisée) et de l'énergie (par ex. en utilisant les technologies intelligentes pour l'efficacité énergétique).
  • Nous devons transformer progressivement nos institutions afin de répondre aux défis posés par l'ère du numérique. Nous devons introduire les mesures et les principes, tels que le «une seule fois» ou le guichet unique administratif, dans la transition numérique de nos administrations étatiques, afin de faciliter l'interopérabilité et les services publics numériques transfrontaliers. Les services numériques et les infrastructures, tels que l'identité numérique sécurisée et digne de confiance, doivent être accessibles à tous les citoyens européens, indépendamment de l'âge ou du contexte socio-économique.
  • Notre secteur public doit faciliter la transformation numérique de notre société en mettant en application le marché public électronique et innovant, de sorte que toutes les communications entre les pouvoirs publics, les entreprises et les particuliers passent au numérique et que les pratiques et les services numériques deviennent la norme (par ex. la facturation en ligne et la boîte aux lettres électronique). Les organismes publics doivent montrer le chemin en tant que facilitateurs et utilisateurs des technologies nouvelles et révolutionnaires.

Nous devons faire de l'Europe le chef de file de la cybersécurité à l'horizon 2025, afin d'assurer, dans le cyberespace, un climat de confiance et la protection des citoyens, des consommateurs et des entreprises et afin de permettre un Internet libre et régi par le droit.

  • Il nous faut renforcer l'intégrité de nos sociétés libres et démocratiques à l'ère du numérique, en protégeant les droits et libertés fondamentaux des citoyens, la sécurité en ligne ainsi que l'intégrité et la légitimité du processus démocratique, notamment dans le cadre de nos élections.
  • L'Europe doit avoir une approche commune de la cybersécurité. L'Europe doit fonctionner comme un cyberespace unique européen et en tant que marché unique de la cybersécurité, notamment en termes de certification de sécurité de pointe, de normes communes, de capacité opérationnelle et de réponses collectives aux crises. Ainsi, nous devons améliorer notre préparation nationale et commune, nos capacités de gestion des crises, ainsi que notre travail d'analyse et de notification des incidents. Une coopération approfondie en matière de défense, y compris la défense active, s'avère également nécessaire.
  • Entre autres mesures, il nous faut mener et coordonner des campagnes éducatives et de sensibilisation afin de promouvoir une bonne hygiène numérique partout en Europe. Parallèlement, nous devons soutenir le développement et la généralisation des formations en cybersécurité à tous les niveaux de formation.
  • Conjointement avec le secteur privé, nous devons garantir un niveau maximum de résilience des infrastructures, des industries et des services du numérique afin de créer un environnement compétitif avantageux et d'attirer les investissements. L'investissement dans des technologies nouvelles et sécurisées, comme la chaîne de blocs et l'informatique quantique, peut apporter une protection à tous les secteurs de l'économie européenne.
  • Nous devons lutter fermement et avec les plateformes en ligne contre les contenus illégaux sur Internet. Les plateformes endossent une lourde responsabilité sociétale concernant la protection des utilisateurs et la prévention de la criminalité utilisant ces mêmes plateformes. L'Europe devrait également rester pleinement engagée dans la lutte contre la cybercriminalité et l'utilisation criminelle d'Internet, notamment par les terroristes.

Session 2: L'avenir de l'économie et de la société

Nous devons faire de l'Union européenne le lieu de résidence idéal des entreprises et des innovateurs à l'ère du numérique. Dans la mesure où la transformation numérique a fait évoluer un grand nombre de domaines, nous devons nous assurer que les libertés de l'Union européenne sont adaptées à l'ère du numérique. L'Europe ne doit pas craindre d'accueillir les innovations et les technologies révolutionnaires, ni de tirer le meilleur parti de la libre circulation des données.

  • L'achèvement du marché unique numérique en 2018 est un premier pas crucial vers la réalisation de ces objectifs, mais il nous faut aller plus loin. Nous devons modifier en profondeur les législations européenne et nationale de sorte qu'elles soient adaptées à l'ère du numérique.
  • Nous devons chercher à proposer les meilleures conditions pour de nouvelles formes d'entrepreneuriat, pour les startups et les entreprises en croissance dans l'économie de la donnée. Un règlement souple et favorable aux nouvelles technologies doit permettre de faire de l'Europe un centre attractif pour les entreprises nouvelles et en phase de croissance. Nous devons accélérer la transformation numérique des entreprises par le recours aux dernières technologies, notamment grâce à l'intelligence artificielle, au traitement des mégadonnées et à la technologie des chaînes de blocs.
  • Nous devons garantir un environnement équitable et une neutralité en matière de plateforme, notamment un accès équitable aux plateformes pour les PME et des portails d’accès aux consommateurs. Nous devons examiner comment le droit de la concurrence pourrait évoluer afin de prendre en compte les nouveaux modèles commerciaux ainsi que les initiatives en faveur de la transparence des plateformes.
  • Nous sommes déterminés à changer les règles fiscales à l'échelle mondiale et à adapter nos propres régimes fiscaux afin de garantir que les profits générés sur Internet au sein de l'Union européenne puissent être imposés là où la valeur a été créée. Il faudra mener des discussions supplémentaires sur les modalités de la mise en place d'un tel système.
  • Les données sont une ressource importante; la garantie d'un cadre approprié pour les données et la libre circulation de celles-ci au sein du marché unique et à l'échelle mondiale entre les pays industrialisés avancées est une priorité. Il est essentiel que l'Union européenne dispose du meilleur environnement au monde pour permettre l'accès et l'utilisation (ou la réutilisation) des données pour les produits et services innovants, notamment pour le développement des solutions liées à l'intelligence artificielle, tout en maintenant une haut niveau d'éthique, de protection des données et de droits numériques.

Nous devons nous efforcer de responsabiliser les personnes et d'améliorer leurs compétences à l'ère du numérique. Les compétences en matière numérique sont la nouvelle alphabétisation; elles doivent faire l'objet d'un enseignement universel. L'économie numérique offre d'importantes possibilités pour les jeunes, notamment par le biais des startups et de l'autoentrepreneuriat. Nous sommes déterminés à promouvoir et à préserver un modèle social adapté à l'économie numérique.

  • Nos marchés de l'emploi et nos systèmes de formation ont besoin d'être modernisés, plus résistants et flexibles, en coopération avec les partenaires sociaux, afin de soutenir une main-d'œuvre fluide et très mobile dans tous les secteurs.
  • Nous devons nous assurer que personne ne soit laissé pour compte - tous les Européens, en particuliers les chômeurs, doivent avoir la possibilité d'acquérir les connaissances numériques de base et de mettre à niveau leurs compétences acquises en informatique, à tous les âges et à tous les niveaux d'éducation.
  • Nous devons concentrer nos efforts sur les domaines ayant une forte probabilité d'automatisation. Nos entreprises ont besoin d'avoir accès aux jeunes talents hautement qualifiés et adaptés à l'économie de la donnée et à la société numérique.

Nous devons investir dans la croissance de l'économie numérique, notamment dans les meilleures infrastructures.

  • L'Union européenne doit orienter ses activités de recherche et développement ainsi que ses efforts d'investissement, sa politique industrielle et ses autres actions de manière à encourager et accompagner la transformation numérique des entreprises, par exemple via des installations informatiques hautement performantes qui permettent de tirer profit d'une grande quantité de données. Comme c'est le cas pour d'autres pays avancés industriellement, l'Europe a besoin d'un écosystème de pointe pour une innovation ainsi que des technologies révolutionnaires soutenant l'autonomie stratégique et la résolution des grands problèmes auxquels l'Europe est confrontée. Elle devrait envisager la création d'une agence réalisant des investissements à haut risque et à grande rentabilité.
  • Les réseaux de communications constituent l'épine dorsale du monde numérique. Nous devons mettre en place une feuille de route et un cadre ambitieux afin de déployer, à l'horizon 2025, une fibre optique et une 5G parmi les plus performantes au monde. Nous devons travailler ensemble à l'échelle européenne pour atteindre le niveau de coopération nécessaire à l'accomplissement de nos objectifs et nous nous efforcerons de les rendre plus accessible en temps voulu et de manière prévisible.
  • Même si la plupart de nos objectifs concernant la modernisation des infrastructures et la mise à niveau de la main-d'œuvre seront atteints au sein des États membres, nous devons étudier la manière d'accroître la contribution des investissements européens à la réalisation de ces objectifs, particulièrement en ce qui concerne les instruments tels que le Fonds européen pour les investissements stratégiques, le Mécanisme pour l'interconnexion en Europe et ceux qui ont suivi. Nous devons également examiner les règles relatives aux aides d'État afin de nous assurer qu'elles soient adoptées à ces finalités et qu’elles soutiennent ces investissements.

Lire le texte complet (1 064Ko)